La lettre sur l’islamisme à laquelle Macron refuse de répondre

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Marianne publie ce jour une lettre signée par un grand nombre de personnalités politiques et médiatiques, extrêmement inquiètes au sujet de la politique de l’État français vis-à-vis de l’islam. En deux mots, Macron refait exactement la même erreur stratégique que Sarkozy: négocier avec les pires courants islamistes, les plus puissants et les plus rusés, et tenter de les faire rentrer dans l’ordre républicain. Cette stratégie est un échec assuré: elle a pour conséquence de faire pénétrer les Frères Musulmans et les salafistes dans la machine étatique, tout en marginalisant les musulmans les plus modérés.

Morceaux choisis de cette lettre importante, remise en mains propres à Macron, et à laquelle il refuse de répondre.

“Le 25 avril dernier, vous évoquiez le “projet politique d’un islam qui veut faire sécession”. Nous partageons ce constat, et l’urgence d’y répondre. Mais la réponse ne doit pas aggraver le problème. Aucun accommodement ne le satisfera. Toute concession ne fera que le convaincre de notre faiblesse, et l’encourager à exiger toujours plus.”

“L’islam sécessionniste dont vous parliez n’est pas, vous le savez bien, celui de tous les musulmans. Ni en France, ni ailleurs. Mais il dispose de réseaux qui s’infiltrent dans toutes les branches de l’islam, et qui sont soutenus par des moyens financiers, médiatiques et politiques considérables. Cet islam sécessionniste est lui-même divers, parcouru de rivalités internes, et pourtant uni par une lecture littérale du Coran et par ses ambitions hégémoniques. Il est l’islam des jihadistes violents, mais aussi du salafisme et des Frères Musulmans, du wahhabisme et de la Ligue Islamique Mondiale, du Milli Gorüs et du Ditib, du Tabligh. Aucun accommodement ne le satisfera. Toute concession ne fera que le convaincre de notre faiblesse, et l’encourager à exiger toujours plus.”

“Face à ce danger, nous savons que toute tentative d’organiser l’islam en France “par le haut” dans une structure unique est vouée à reproduire les erreurs et l’échec du CFCM, malheureusement. Une telle structure, trop vaste, trop rassembleuse, incorporera nécessairement des groupes liés à l’islam politique, sécessionniste aujourd’hui, impérialiste demain. Et ces groupes ont des soutiens et des moyens tels, que l’influence qu’ils exerceront dans cette structure unique sera considérable, de nature à prendre en otage les musulmans républicains et humanistes qui voudront s’y opposer.”

“L’AMIF en est un exemple. Alors qu’elle veut répondre à une problématique bien réelle et clairement analysée, elle est d’ores et déjà rendue au mieux, inopérante, au pire, dangereuse, par la présence en son sein d’un nombre considérable de personnes inféodées aux Frères Musulmans, même si certaines semblent aujourd’hui avoir rompu avec eux. Le dossier que nous joignons à cette lettre vous permettra d’en juger. Mais ce n’est qu’un cas parmi d’autres : la conférence au Palais Brongniart pour laquelle la Ligue islamique mondiale a tenté de vous instrumentaliser est aussi une tentative de pousser l’Etat à légitimer l’implantation de l’islam politique au sein de la République.”

“Monsieur le Président, la priorité n’est pas aujourd’hui d’organiser l’islam en France. Elle est de réaffirmer les principes de la République laïque, les principes de liberté de conscience et donc du droit à l’apostasie, du droit de critiquer les religions et donc de la liberté de blasphémer. Principes auxquels les Français sont profondément attachés.”

“Les courants de l’islam qui refusent ces principes ne peuvent être vos interlocuteurs. Ils n’ont pas leur place à votre table. Mais ceux de nos concitoyens musulmans qui se reconnaissent dans ces principes sauront s’organiser par eux-mêmes une fois que la France leur assurera la sécurité et la liberté d’expression dont ils ont besoin pour défendre leurs convictions. Un islam attaché aux valeurs républicaines ne pourra emporter l’adhésion des fidèles que s’il voit le jour d’abord sous la forme d’une véritable mobilisation humaniste, et ensuite seulement en se structurant en courant organisé.”

“Les musulmans de France partagent certes des préoccupations liées à la pratique du culte et à des débats d’ordre religieux, mais ils ne forment pas un groupe homogène, et encore moins une communauté politique.”

“Ce seront sans doute d’abord des initiatives locales, qui auront besoin de temps pour se fédérer. De multiples interlocuteurs émergeront, faisant vivre des islams résolument pluriels. Cette pluralité, de sensibilités et de représentants, est la meilleure garantie : vous pourrez, ainsi, rejeter ceux qui refusent de se plier aux règles fondamentales de la République sans être soupçonné d’hostilité envers les musulmans dans leur ensemble, et montrer que vous tendez la main aux musulmans républicains sans laisser quiconque vous accuser d’être la dupe, voire le complice, des islamistes.”

Parmi les signataires de cette lettre forte et intelligente, on note, entre autres grands noms, la présence de Zineb El Rhazoui et de Waleed al-Husseini, deux journalistes particulièrement lucides et courageux.

Pourquoi Macron refuse-t-il de répondre à ce message de la plus haute importance? Parce qu’il se croit trop intelligent pour gagner la bataille contre l’islamisme? Ou parce qu’il n’est même pas capable de voir que la bataille est engagée?

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